Coucou a toustes !
Je devais avoir comme thématique de septembre les travailleureuses du sexe, mais il s'avère c'était si complexe à aborder, qu'il me reste vraiment un travail de fond à faire avant de pouvoir prétendre poster un contenu qualitatif sur le sujet.
J'ai donc boutonné lundi avec mardi, et cela me laissera un mois pour bosser le sujet plus en profondeur !
Ce mois ci, je vous présente des films qui traitent majoritairement de l'émancipation des femmes (cis) de leur milieu familial, aussi religieux, surtout politique.
Ils m'ont tous beaucoup émue. J'espère que cette selection vous plaira !
En 2015, Maïmouna Doucouré avait remporté ex aequo le César du Meilleur Court-Métrage pour Maman(s) qui auscultait le mal-être d’Aida alors que la polygamie faisait irruption dans sa famille. De prime abord, on a le sentiment que c’est précisément ce sujet que veut creuser la réalisatrice avec Mignonnes, tant les premières séquences de son film donnent le sentiment d’une relecture, plus ample et maîtrisée, de son précédent effort (notamment lors d’une séquence dont elle duplique l’idée centrale, plaçant son personnage en position de témoin muet, dissimulé sous le lit parental).
Mais très rapidement, la cinéaste opère un décalage et élargit ses thématiques, extrayant à la faveur d’un plan hallucinant sa jeune héroïne de son milieu familial. Alors qu’elle revient d’une réunion de prière où se réunissent les femmes musulmanes du quartier dans lequel sa mère a fraîchement emménagé, Amy entraperçoit une de ses voisines, scolarisée dans le même établissement qu’elle, dansant et lissant ses cheveux. À la faveur d’un long plan qui glisse imperceptiblement du naturalisme vers un écho du cinéma d’horreur nippon, la caméra offre à la jeune fille une échappatoire.
Dès lors, le récit se fera chronique d’un dilemme particulièrement cruel, alors qu’Amy intègre progressivement les “mignonnes”, troupe de copines impertinentes, portées sur la danse. Devenir paillasson, aux côtés d’une mère tenue de valider la polygamie et le patriarcat, ou devenir viande, auprès de copines envisageant l’hypersexualisation via la danse comme une forme d’émancipation. Une fois cette tension rapidement établie, Maïmouna Doucouré fait face à un défi artistique et technique particulièrement casse-gueule, qu’elle relève pour l’essentiel haut la main.
Alors qu’elle a fait – l'excellent – choix de s’entourer de non-professionnels pour donner vie à ces mômes qui twerkent avec plus de ferveur qu’un trader découvrant la cocaïne (beaucoup de ferveur, donc), elle réussit à conférer à son casting enfantin un naturel et une énergie confondants. Les scènes en extérieur, dans la cour de récréation de leur collège, impressionnent par le naturel qui les traverse, comme la capacité du film à appréhender une situation aussi complexe qu’éprouvante pour le spectateur, sans jugement stérile, ou complaisance malvenue.
Si elle adopte un découpage presque systématiquement à hauteur d’enfants, Maïmouna Doucouré ne recule pas pour autant devant la violence que charrie son intrigue. Violence symbolique des rapports genrés au sein d’une cellule familiale qui veut la mater, pas moins insidieuse que celle qu’elle intègre quand elle veut se dépasser à travers la danse. La caméra capture ses élans, ses égarements et ses moments d’oubli avec une distance intelligente, mais parfois éprouvante, qui confère au film beaucoup de sa tranchante acuité.
Mais le film a parfois un peu de mal à maintenir la tension recherchée par la réalisatrice. Les scènes avec les adultes manquent de relief, ainsi qu'en témoigne cruellement l'épilogue du film, qui a du mal à trouver un véritable centre de gravité, à fortiori quand il faut ménager le regard d'une enfant avec celui d'adultes, qui sabordent partiellement le principe même de la mise en scène du film. Parallèlement, les rares plans très percutants qui versent dans un registre plus symboliste (comme cette robe qui saigne) paraissent trop rares, tant ils parviennent à rehausser une poignée de scènes un peu fades. Conséquences d’un dispositif de cinéma courageux plus que véritable problème, ces menues scories n’entachent en rien l’impact durable de Mignonnes sur son spectateur.