-Chapitre 100-
Added 2025-02-12 12:29:26 +0000 UTC-Chapitre 100-
-3 jours plus tard-
-9e jour de 3e lune de l'an 301 AC-
-POV Ronnet Connington-
J’ai accroché la dernière plaque de mon armure tandis que mon nouvel écuyer, Luthor Tyrell, un jeune écuyer ayant environ le même âge que mon fils, me tendait mon casque.
J’ai observé ce casque pendant quelques instants, presque hypnotisé, car j’allais bientôt le troquer contre une couronne.
'C’est enfin terminé' pensai-je, soulagé, mais en même temps un peu nerveux, car toutes ces machinations m’avaient poussé sur un siège que je n’avais pas vraiment voulu occuper.
'Roi de tout un continent' pensai-je en sentant déjà le poids et les attentes de tous s’écraser sur mes épaules.
Bien qu’elles soient solides, ce n’était pas cette force-là qu’il me faudrait pour apaiser les âmes de quarante millions de personnes.
'Les protéger de la guerre' me dis-je en repensant à toutes les menaces, connues et inconnues, auxquelles je devrais me frotter tôt ou tard, sans possibilité de retrait ou de repli.
'De la maladie' pensai-je, sachant qu’avec la guerre venaient souvent des épidémies dues aux sièges, mais également à toutes sortes d’autres facteurs. "Espérons qu’aucune ville ne soit touchée par la peste."
'De la pauvreté' me dis-je en sachant pertinemment que la guerre avait mis à l’arrêt la plupart des commerces du royaume.
'De l’injustice' pensai-je, car, que je le veuille ou non, tout le monde se tournerait vers moi pour régler le moindre de leurs problèmes, et les nobles en premier lieu.
'Du froid' me dis-je en sentant un léger vent d’hiver, même ici, à Hautjardin, dans le pays de l’éternel printemps.
'De la faim' pensai-je, car avec l’hiver arrivait également...
'Et même de ces putains de Marcheurs Blancs' pensai-je aussi, n’oubliant pas qu’au Nord, la menace continuait d’avancer petit à petit et que nous ne devions en aucun cas nous relâcher.
Toc… Toc… Toc…
Mes pensées volèrent en éclats au son du choc entre le poing de l’intrus et la porte. Je dis alors en mettant finalement mon casque :
"Qui est-ce ?"
"C’est moi."
"Entre", dis-je en reconnaissant immédiatement la voix de mon bras droit et frère d’armes.
Dès qu’il entra, je vis qu’il avait une mine sombre. Alors je demandai :
"Qu’est-ce qui ne va pas ?"
Il ne répondit pas et me tendit une lettre.
'Putain' pensai-je en voyant le sceau utilisé.
Je pris quelques instants pour me préparer à lire son contenu, car je sentais bien que cela ne serait pas une lecture facile.
'Elle n’a rien de bon à me dire. Soit elle va cracher tout le venin en elle, soit elle va me hurler toute la tristesse qu’elle ressent' pensai-je en regardant silencieusement la lettre.
J’ouvris la lettre, prêt à encaisser tout ce qu’elle pouvait contenir, mais mon cœur s’arrêta de battre l’espace d’une seconde avant de bondir violemment dans ma cage thoracique dès la première ligne du message.
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À l’amour de ma vie qui l’a détruite sans sourciller,
Si tu lis ces lignes, c’est que je suis morte.
J’ai beaucoup réfléchi avant de t’écrire cette lettre, car je n’arrivais plus à penser clairement, et je ne crois pas que j’y parvienne maintenant.
Je m’apprête à mettre fin à mes jours pour retrouver mes enfants dans la mort.
Je ne peux plus vivre avec ce trou béant dans la poitrine.
Un trou que je reconnais avoir creusé, mais par lequel toi et les tiens avez arraché mon cœur pour le piétiner sans la moindre pitié.
Tommen était aussi ton fils, et tu me l’avais juré. Tu m’avais juré de le protéger…
Je ne pourrais jamais exprimer à quel point tu m’as rendue impuissante, triste et furieuse.
Alors, je vais simplement te le montrer, car je sais que, même si tu me détestes pour avoir comploté avec mon père afin d’assurer le trône à Tommen, tu m’aimes encore.
Je le sais, car toute la haine que je ressens envers toi est proportionnelle à l’amour que je te portais jadis.
J’aurais aimé ne jamais t’avoir rencontré.
Tout est arrivé par ta faute.
La personne qui est à l’origine de ma mort est aussi celle qui a tué mon petit lion. Garde-le en tête.
Si seulement tu avais pu contrôler cette fierté et cette ambition qui te rongent… qui nous rongent tous…
Je te hais.
Cersei Connington.
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"Sortez", dis-je doucement.
Rodrik hocha la tête et fit signe à l’écuyer de le suivre, mais ce dernier protesta :
"Mais je n’ai pas terminé de…"
"DEHORS !" hurlai-je, hors de moi, n’arrivant plus à contenir le tourbillon d’émotions qui me brûlait littéralement les tripes.
Rodrik fit rapidement sortir l’écuyer, comprenant que la situation n’était pas normale.
Une fois que j’entendis la porte claquer, je m’adossai contre le mur et me laissai lentement glisser jusqu’à ce que je sois assis, sonné par ce que je venais de lire.
J’avais beau lire, relire et relire encore la lettre, je n’arrivais pas à intégrer… le fait qu’elle soit morte.
'Bordel de merde' pensai-je en continuant de relire dans un état d’obsession.
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-10e jour de la 3e lune de l’an 301 AC-
-POV Olenna Tyrell-
En observant tout le monde prendre son petit déjeuner dans le calme, comme si rien d’anormal ne s’était passé, un sentiment d’agacement naquit en moi.
Mais ce qui me mit hors de moi fut de voir Mace s’empiffrer joyeusement tout en discutant avec Randyll Tarly, comme si de rien n’était.
'C’est sûrement lui le plus heureux de cette situation, car il n’a rien perdu, contrairement à nous' pensai-je.
"Le petit Luthor a failli se faire décapiter par le fou qui vient de nous amputer de la moitié du Reach, et tu ne penses à rien d’autre qu’à t’empiffrer ?" dis-je d’un ton méprisant en regardant mon fils.
Tout le monde s’arrêta en m’entendant, et la salle, auparavant grouillante de bruit, fut réduite au silence.
J’allais ajouter quelque chose, mais Margaery m’interrompit soudainement et dit, en me lançant un regard sévère :
"Grand-mère, ça suffit. Nous en avons déjà parlé."
'Pour qui elle se prend ?' pensai-je.
"Ne m’appelle pas ainsi. Si tu m’avais écoutée, nous n’aurions pas à subir les ordres d’un…"
"D’un quoi… ?" répliqua froidement une voix que je reconnus instantanément et qui était bien trop proche de moi.
Je sentis des mains s’agripper au haut de mon siège, et la voix se rapprocher pour dire :
"J’imagine que le mot que vous cherchez est ‘roi’, n’est-ce pas ?"
Je restai silencieuse, car je sentais bien, à son ton, que j’avais dépassé les limites et que je n’étais qu’à un pouce de finir pendue haut et court.
"Votre Majesté, ma mère peut parfois se montrer impolie, mais c’est…"
Ronnet passa à côté de moi, et j’observai la façon dont il réduisit mon fils au silence en levant simplement la main.
Cela me fit serrer les dents, mais cela me rappela également que c’était mon œuvre.
'Cette situation, c’est parce que j’ai agi dans le dos des membres de ma famille. Pas étonnant qu’ils aient fait de même lorsqu’ils pensaient pouvoir nous sauver' pensai-je.
"Je vous prie de bien vouloir m’excuser", dis-je, l’ardeur de ma colère désormais retombée face à la peur qui me consumait.
Pas la peur de mourir, non, mais la peur de les voir mourir, pensai-je en observant les membres de ma famille.
"J’ai changé d’avis sur certains points", dit Ronnet, semblant abandonner l’affront que je venais de commettre envers lui, avant d’enchaîner : "Nous allons accélérer les choses."
"De quelle façon ?" demanda Margaery.
"Les Westerlands, les Stormlands, les Riverlands et même la partie du Reach que je vous ai prise seront toutes intégrées dans les Stormlands, à partir d’aujourd’hui, dans les Crownlands", répondit Ronnet d’un ton plat.
J’haussai les sourcils face à cette annonce soudaine, ne comprenant pas comment un tel changement avait pu survenir de nulle part.
Mais je ne dis rien, car j’avais déjà poussé ma chance assez loin en ce qui le concernait.
"Que deviendront les maisons qui les gouvernent ?" demanda à nouveau Margaery, qui était la seule à ne pas avoir peur de parler avec Ronnet Connington, étant donné le service qu’elle lui avait rendu ainsi que sa future place dans la maison Connington.
"Quelles Maisons ?" dit Ronnet Connington en s’asseyant calmement à sa place, sans rien ajouter de plus.
Mais nous avions tous compris ce que cela impliquait tacitement.
Il ne s’étendit pas davantage sur le sujet, mais nous pouvions tous sentir qu’il avait pris la décision d’effacer de l’histoire toutes les Grandes Maisons qui régnaient sur ces terres.
L’espace d’un instant, je me suis autorisée à penser que, comparé aux autres, ce n’était peut-être pas une si mauvaise fin.
'Au moins, nous continuerons à vivre et à jouir d’un certain statut, et Margaery deviendra reine' pensai-je en baissant les yeux, fatiguée de me battre.