-Chapitre 110-
Added 2024-11-25 23:07:24 +0000 UTC-Chapitre 110-
-POV Ser Willem-
« Que comptes-tu faire aujourd’hui ? » ai-je demandé à Rhea.
« Je ne sais pas vraiment, nous pouvons retourner chasser », dit Rhea, légèrement distraite.
J’ai posé une main sur la sienne et j’ai dit d’un ton doux : « Tu penses à ton petit-fils ? »
« Tu te rends compte, je suis grand-mère et je ne peux même pas passer un peu de temps avec Aemon et Viserys sans qu’il ne trouve une raison pour s’absenter subitement », dit-elle.
« C’est simplement une phase, ça va passer. Laisse-lui le temps de comprendre », dis-je, ayant l’impression de me répéter.
Et c’était le cas, car je ne faisais que répéter qu’avec le temps tout s’arrangerait, mais rien n’y faisait.
La rancune du Prince était tenace, et il ne semblait pas s’adoucir, même après plus d’un an.
« Si seulement il faisait vraiment l’effort d’essayer de me comprendre… mais non, ma présence le répugne. »
« Je dirais plutôt que c’est la mienne qui le répugne. Tout ça, c’est de ma faute, je n’aurais jamais dû… »
Toc… toc.
J’ai froncé les sourcils en entendant quelqu’un nous déranger.
Depuis que Rhea avait choisi de ne pas mettre un terme à notre relation, nous avions été, en quelque sorte, bannis de la cour du Prince.
‘C’est à peine si elle a le droit de prendre des repas avec sa famille au complet’, pensai-je.
« Tu veux que j’aille voir qui c’est ? » ai-je demandé.
« Non, je sais qui c’est », dit Rhea, reconnaissant instantanément la personne derrière la porte.
J’ai froncé les sourcils, mais elle n’a rien dit.
Elle s’est simplement levée, puis s’est dirigée vers la porte en silence.
Elle a ouvert la porte après avoir pris une profonde inspiration, et j’ai écarquillé les yeux en voyant qui c’était.
Je me suis levé d’un coup, tendu comme la corde d’un arc, en voyant le Prince.
Je savais que, s’il n’en tenait qu’à lui, je serais déjà mort.
« Aemon », dit Rhea en regardant droit dans les yeux son fils, qui l’avait punie durant toute une année en lui ôtant sa présence.
‘Il savait parfaitement comment lui faire mal, et ça a fonctionné, car elle en a longuement souffert. Et elle souffre toujours’, me dis-je intérieurement, affligé par son chagrin en voyant la façon dont elle serrait les poings.
« Mère », dit le Prince Aemon en regardant sa mère.
« Tu voulais quelque chose ? » dit Rhea, sans montrer de faiblesse à son fils, le menton relevé.
Le Prince détourna le regard de sa mère et le posa sur moi.
J’ai senti tous les poils de mon corps se dresser d’un seul coup.
‘Il me hait’, pensai-je en ressentant le regard froid du prédateur qui me faisait face.
‘À une époque, pourtant, nous étions vraiment très proches, mais cela a changé depuis bien longtemps’, me dis-je, m’autorisant une petite pensée pour l’époque où je le portais sur mes épaules.
« Aemon », dit Rhea, ramenant l’attention de son fils sur elle, avant d’ajouter : « Que veux-tu ? »
Le Prince regarda longuement sa mère avant de finalement dire : « Laisse, c’était une erreur. De toute façon, tu as mieux à faire. »
« Aemon », dit-elle en essayant d’attraper son fils, qui l’esquiva habilement.
J’ai fait un pas en avant et j’ai essayé de dire : « Je peux vous laisser… »
Le Prince me regarda, mais ne dit rien et se retourna sans rien ajouter.
‘Ce n’est pas prêt de s’arranger’, pensai-je en regardant Rhea retenir ses larmes.
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-POV Aemon Targaryen-
« Tu es injuste avec elle », dit Gunthor.
‘Comme si je ne le savais pas’, pensai-je, sachant parfaitement que j’avais un comportement problématique, mais…
‘J’ai envie de l’étriper à chaque fois que je pose les yeux sur lui.’
J’ai roulé des yeux, puis j’ai dit : « Je ne t’ai rien demandé. »
« Tu te comportes comme un enfant », dit Gunthor, ne mâchant pas ses mots.
Je n’ai pas répondu, espérant qu’il se taise, car je ne voulais pas exploser d’un seul coup.
Je devais laisser ma colère refroidir pour reprendre le dessus sur mes émotions bouillonnantes.
‘Je ne dois pas montrer cette partie de moi devant lui’, pensai-je, ne voulant pas paraître vulnérable.
‘Ni devant quiconque, d’ailleurs’, pensai-je, car c’était une des rares faiblesses que je possédais encore, et personne ne devait réussir…
‘À appuyer là où ça fait mal’, pensai-je.
« Aemon, cette affaire te ronge de l’intérieur. Enfouir ça en toi ne va pas t’aider à aller mieux. »
« Tu crois que je ne le sais pas ? Je te rappelle que je suis le premier impacté », dis-je en contrôlant le ton de ma voix pour qu’il reste monocorde.
« Non, la première impactée, c’est ta mère », dit Gunthor.
Je roulai des yeux et me retournai, mais Gunthor attrapa fermement mon bras.
Surpris par son geste, je levai les yeux pour planter mon regard dans le sien, puis je dis :
« N’importe qui d’autre aurait vu sa main quitter son bras pour ça. »
Gunthor soutint mon regard et dit :
« C’est pour ça que c’est à moi de le faire, puisque personne d’autre n’osera. »
« Oser faire quoi ? » dis-je, soutenant son regard à mon tour.
« Tu crèves de jalousie, Aemon », dit-il.
Je souris soudainement et dis, en me dégageant de son emprise :
« Ne sois pas ridicule. »
Gunthor ne chercha pas à argumenter davantage et ajouta :
« Tu vas devoir régler ce problème rapidement, et tu sais que j’ai raison. »
« Et pourquoi devrais-je mettre ma fierté de côté ? » dis-je, écartant les bras.
‘C’est vrai, je suis Prince. La moindre des choses aurait été de me tenir informé et de demander ma permission’, pensai-je.
« Parce que tu es le seul qui ne l’a pas fait », dit-il avant d’ajouter :
« Si elle voulait vraiment régler cette affaire, elle aurait simplement dû arrêter de fricoter avec un serviteur », dis-je, agacé.
Gunthor secoua la tête, mais je ne lui laissai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit.
« La mère du Prince de Runestone qui se remarie avec un serviteur. Tu entends tout le royaume, et même au-delà, en rire. Je serais tourné en dérision de Dorne jusqu’au Mur », ajoutai-je.
« Ce n’est pas ça qui t’énerve », dit Gunthor, perçant aisément mes pensées.
‘On passe beaucoup trop de temps ensemble’, pensai-je.
« Mais c’est néanmoins la vérité », rétorquai-je.
« Même si c’était vrai, tu ne laisserais pas cela arriver sans conséquence. J’en suis certain », dit-il, avant d’ajouter :
« Ce qui te fout réellement en rogne, au point de vouloir tuer la personne qui a veillé sur toi toute ton enfance, au cas où tu l’aurais oublié, c’est que ta mère veuille se remarier avec un autre homme. Et tu sais qu’elle pourrait avoir des enfants avec cet homme, même si la probabilité est faible. Une nouvelle famille. Et tu penses que Willem ne la mérite pas. »
« Parce que tu penses qu’il la mérite, toi ? Un chevalier sans terre qui a déjà trahi son maître pour une femme », dis-je.
Gunthor secoua la tête et dit :
« Il l’aime. À une époque, tu m’as toi-même dit que tu aurais préféré avoir un mariage d’amour et que tu comprenais parfaitement la haine que ma cousine éprouve pour ton père. Une haine que nous partageons tous les deux. Mais peut-être que c’est aussi quelque chose qui a changé ? »
Je ne répondis pas, mais plissai les yeux.
Gunthor, voyant mon silence, continua :
« Une dernière chose : n’oublie pas que Willem n’a pas trahi ton père pour ta mère. Il l’a fait pour toi. À une époque, c’était lui qui était censé être à ma place, même avant Daman. »
« Cela n’a pas d’importance de toute façon », dis-je, lassé de cette discussion, car ce n’était pas une pauvre conversation qui allait me changer.
« Si, ça a toute son importance. Parce que je te connais. Tu penses que Willem t’a trahi en se rapprochant de Rhea, et que ma cousine aussi l’a fait. Tu as toujours été sa priorité, et tu as peur de ne plus l’être. Tu as peur que cela change. Tu as peur qu’elle te remplace », dit Gunthor.
Je restai silencieux, car je savais qu’au fond il n’avait pas tort.
‘C’est tellement pathétique’, pensai-je en entendant ce tableau affligeant mais criant de vérité qu’il dépeignait.
« Très bien, tu veux que je sois honnête avec toi ? Soit… », dis-je, décidant de mettre cartes sur table avec mon oncle. C’était la seule personne avec qui je pouvais être totalement honnête de toute façon.
Je poursuivis :
« Tu crois que j’ignore tout ce dont tu viens de parler ? Je sais tout ce que tu viens de dire. Je suis parfaitement au courant que le ressentiment que j’éprouve à chaque fois que je vois sa sale gueule, c’est simplement la jalousie au fond de moi que je n’arrive pas à étouffer. Mais je n’arrive pas à faire mieux. C’est mieux comme ça. »
« Fais des efforts. Essaye au moins », dit Gunthor.
« Je ne peux pas », dis-je.
« Pourquoi ? » demanda Gunthor.
« J’aurais envie de le tuer si je le voyais tous les jours », avouai-je froidement.
« Pourquoi ? » insista-t-il, cherchant à me faire craquer.
« Parce qu’elle a changé ! » dis-je finalement, hors de moi, avant d’ajouter : « Elle a changé et elle ne s’en rend même pas compte. Je connais Willem, j’ai passé de nombreuses années avec lui, et je connais ma mère aussi. Je sais quand elle est influencée. Je ne veux pas qu’il se mette entre elle et moi, et il ne peut pas s’en empêcher parce qu’il a envie de regagner sa place auprès de moi. Il pourrait même avoir envie de s’en tailler une meilleure en se servant de l’affection qu’elle a pour lui. »
« C’est faux », dit Gunthor.
« C’est la vérité. Il va forcément vouloir s’en tailler une. Et le pire, c’est qu’il ne le fera même pas avec des intentions néfastes. S’il veut rester longtemps avec ma mère, il sera obligé de le faire à un moment donné. Et même s’il arrive à ne pas empiéter sur mon territoire, c’est elle qui le forcera à le faire. Elle va vouloir se marier avec lui, puis avoir des enfants avec lui, et je n’aurais pas la force de lui dire non. »
Gunthor secoua une fois de plus la tête, désapprouvant mes paroles. Alors je dis :
« La connaissant, tu vois vraiment ma mère à table avec nous, avec leur enfant s’ils en ont un, pendant qu’il attend debout dehors, comme un vulgaire serviteur ? »
Gunthor ne dit rien, car il savait que j’avais raison. Je rebondis là-dessus et poursuivis :
« C’est bien ce que je pensais. Ce sera un sujet de discorde constant entre nous, car pour moi, bien que je l’aie apprécié à un moment donné, il n’est pas et ne sera jamais de ma famille. Alors je préfère faire comme si elle était morte. »
Gunthor voulut m’interrompre, mais je levai la main et dis :
« Il n’y a rien à ajouter. Je la laisse vivre sa vie, profiter de son bonheur en paix, tandis que moi, je vis la mienne. »
« Et c’est pour ça que tu t’es retrouvé devant sa porte ce matin ? » dit-il, ne lâchant pas l’affaire.
« Je pensais qu’elle serait seule. J’avais envie d’un conseil de sa part, mais c’était visiblement une erreur », dis-je.
Gunthor secoua la tête et dit :
« Non, c’est faux. Tu étais là, car tu sais une chose qui restera vraie jusqu’à sa mort : elle sera toujours la seule à te dire la vérité. Elle sera toujours prête à aller dans ton sens, et elle sera toujours là pour te conseiller dans ton seul et unique intérêt. Parce que c’est tout simplement ta mère. »
Je le regardai longuement avant de dire :
« On a autre chose à faire de toute façon. Arnold et Gerold vont réellement devoir intégrer la nouvelle hiérarchie dans le Val. »
Comments
C'était l'anniversaire de ma mère hier, et cela m'a travaillé toute la semaine dernière, puisqu'il y a maintenant presque 8 ans qu'elle nous a quittés. Je pense que c'est en grande partie pour cette raison que j'ai écrit ce chapitre, car j'avais prévu autre chose à la base.
Ghostrider0002
2024-11-25 23:11:51 +0000 UTC